Mauritius Kestrel : familiarisons-nous avec notre «zwazo nasional»

Nous avons mis le cap sur la Vallée de Ferney, où se situe l’une des Field Stations de la Mauritius Wildlife Foundation (MWF), le mardi 24 mai. Y sont menés des travaux de conservation pour assurer la survie de nos espèces et plantes endémiques, dont le crécerelle de Maurice désigné Oiseau national.

Le travail de conservation

Le travail de conservation

En 1974, explique Sion Henshaw, le Fauna Manager de la MWF, ils étaient peu nombreux à croire que l’on pourrait sauver le Mauritius Kestrel. Il n’y en avait alors que quatre. « Non seulement cela nécessiterait trop de ressources mais avec le nombre d’oiseaux restants, ce serait impossible. Heureusement, il y avait des gens qui pensaient le contraire. »

La MWF, en collaboration avec le gouvernement et les organisations internationales de conservation, débute la collecte des œufs dans la nature. Objectif : sauver les oisillons des griffes des prédateurs tels que mangoustes, singes et macaques crabiers, entre autres.

« Après l’éclosion, les bébés crécerelles ont été élevés en captivité dans la volière de la MWF à Rivière-Noire. Puis, ils ont été bagués par les équipes pour avoir un contrôle des individus afin de pouvoir ensuite estimer leur population. »

Ils ont été nourris à la main jusqu’à ce qu’ils soient indépendants, puis ont été relâchés dans les rangées de montagnes de Bambous et dans le National Park à Rivière-Noire. « Cela a permis de stabiliser la population de Mauritius Kestrel avec environ 500 individus », indique-t-il.

Une tentative de relâcher des crécerelles de Maurice a été faite dans la rangée de montagnes de Moka. Cela n’a malheureusement pas permis de restaurer la population qui s’y trouvait auparavant, fait savoir le Fauna Manager de la MWF.

Les menaces

Avec l’augmentation de la population du crécerelle de Maurice dans l’ouest, la MWF a cessé la surveillance. Au fil du temps, la dégradation des forêts endémiques, envahies par des espèces exotiques et invasives, a contribué à un autre déclin. « Nous avons dû reprendre les travaux de surveillance et de gestion intensive. La population actuelle des 312 individus est très fragile et c’est pourquoi il faut mettre plus d’efforts dans la conservation. »

Sion Henshaw évoque également l’importance d’une sensibilisation nationale du public sur la biodiversité, les écosystèmes et la préservation des forêts, entre autres. « Ce, afin que des espèces invasives ou exotiques ne soient pas introduites. Cela a des répercussions sur nos espèces endémiques. »

Les défis

Le travail de conservation, souligne le Fauna Manager de la MWF, nécessite un personnel dédié et des bailleurs de fonds. À l’occasion de la Journée mondiale de l’environnement qui sera célébrée le dimanche 5 juin, il exhorte le public à ne pas se débarrasser des chiens et des chats en les abandonnant dans la nature. « C’est un gros problème. Les prédateurs habituels comme les singes et les mangoustes, les chiens et les chats mangent les œufs ainsi que les oisillons. Cela affecte nos travaux de conservation. »

Formation de quatre jours

Pour avoir une idée des travaux de conservation menés quotidiennement afin d’assurer la survie de nos espèces et plantes endémiques dans les forêts et les ilots, la MWF a organisé quatre jours de formation pour les journalistes, en collaboration avec le Media Trust. Celle-ci a été menée notamment par l’Assistant Coordinator du projet de conservation pour le Mauritius Kestrel, Joshua Hollandais. Et Sion Henshaw, le Fauna Manager de la MWF.

Comment le crécerelle est devenu notre Oiseau national

Devant le succès de la conservation, la MWF fait une suggestion au gouvernement pour que le Mauritius Kestrel soit reconnu comme « Oiseau national de Maurice ». La décision est avalisée par le Conseil des ministres le vendredi 17 décembre 2021. Et le 12 mars 2022, à l’occasion du 30e anniversaire de la République, ce rapace est officiellement désigné « Oiseau national de Maurice ».

Le Fauna Manager de la MWF se dit ravi. « Le Mauritius Kestrel est désormais associé à Maurice. C’est un grand pas en avant qui met en exergue les capacités du pays quant à la conservation tant au niveau national qu’international. Cela permettra aussi de sensibiliser davantage le public sur cette espèce endémique unique à Maurice », souligne Sion Henshaw.

En chiffre

312

De 4 individus en 1974, la population de cet oiseau unique à Maurice est aujourd’hui estimée à environ 312, dans les 2 % de forêts qu’il nous reste. Il s’agit là de l’une des plus grandes réussites en matière de conservation, non seulement à Maurice mais aussi dans le monde.