L’autosuffisance alimentaire remise en cause : des planteurs désertent les champs

Les planteurs de légumes préviennent qu’avec le temps, leur métier pourrait disparaître. Ce, pour trois raisons principales : le coût des intrants devenu trop élevé, une baisse de qualité des semences et l’absence de relève.

La plupart des planteurs prennent de l’âge, dit Faraad Jagan, dont les champs se trouvent à Britannia : « J’ai 62 ans et cela fait plus de 40 ans que je cultive des légumes. Cela m’a permis d’élever mes trois enfants, qui ont fait des études universitaires. Mon fils est toujours chômeur et il m’aide de temps en temps, mais il ne compte pas reprendre mes trois hectares. Or, je deviens vieux et je suis fatigué. »

Depuis l’année dernière, Faraad ne s’occupe plus des terres qu’il loue à Omnicane. « J’ai perdu 75 % de ma récolte en 2019 et 100 % en 2020 à cause de la mauvaise qualité des semences. Par conséquent, l’année dernière, je n’avais pas d’argent pour acheter de nouvelles semences. » Il se plaint aussi que les fertilisants soient devenus trop chers. « Un sac de 25 kilos coûtait Rs 6 580. Aujourd’hui, c’est Rs 13 300. On ne peut pas supporter un tel coût. »

Le subventionnement des semences par l’État est une bonne chose, dit-il : « En 2019, la tonne était à Rs 45 000. C’est devenu Rs 25 000 en 2020 et maintenant Rs 13 000 grâce aux subventions. » Cependant, « le rendement des semences fournies par l’Agricultural Marketing Board est trop faible ». Faraad Jagan explique que la coopérative qu’il préside, avec ses 400 membres, produisait auparavant 2 000 tonnes de pommes de terre par an. « Avec une tonne des semences de l’AMB, on ne récolte que deux tonnes, alors que la même quantité de semences du secteur privé donnaient 12 tonnes. »

Dans le Sud, poursuit-il, le gouvernement a offert 25 hectares aux petits planteurs. « Le FAREI a analysé la terre et a conclu qu’elle n’était pas cultivable. Mais moi, je vais aller planter 300 kilos de semences de pommes de terre et on verra dans trois mois. J’espère que la récolte sera bonne pour couvrir mon investissement, qui s’élève à Rs 150 000. »

Cette tentative sera l’opération de la dernière chance. « J’ai dû abandonner les champs alors que j’ai des dettes à la banque. Comme moi, de nombreux planteurs du Sud, qui fournissent une grande partie des légumes au pays, désertent leurs plantations », déplore-t-il.

Atma Beeharee est dans la même situation. Comme ses camarades planteurs, il cultivait le haricot, la pomme d’amour, la pomme de terre, l’oignon, l’ail, le giraumon, le concombre, entre autres. « On a un sacré problème avec la qualité des semences. La situation n’a fait qu’empirer. Depuis 2020, j’ai arrêté, alors que je plantais sur 25 hectares avec 200 tonnes de semences », dit-il.

Il avance qu’avec une tonne de semences, il pouvait obtenir sept tonnes de légumes et couvrir tout juste les frais. « Maintenant, ce n’est plus pareil. Dans pas longtemps, les planteurs vont disparaître, car tout est trop cher. »

Le Dimanche/L’Hebdo a sollicité en vain une réaction et des chiffres auprès du ministère de l’Agro-industrie. Quant à l’Agricultural Marketing Board, il refuse de communiquer sans l’aval du ministère.

Les jeunes ne prendront pas la relève

Un autre gros problème des planteurs est la relève. « Vous pensez que mes enfants vont reprendre la main avec le coût de production qui ne cesse d’augmenter, sans savoir s’ils pourront vivre décemment de ce métier ? Les jeunes préfèrent faire aide-maçons ou d’autres métiers qui rapportent. Puis, ils font des études universitaires pour la plupart. Ils vont chercher un travail de bureau et ne vont pas se tuer aux travaux des champs », dit Atma Beeharee.

Faraad Jagan est du même avis : « J’ai trimé pour envoyer mes enfants étudier. Actuellement, mon fils est chômeur, mais il ne va jamais reprendre mes champs. C’est pour cela que je dis que dans pas longtemps, il n’y aura plus de planteurs. Déjà, on importe des légumes, et ce sera pire dans quelques années. »

Quand la pluie devient un ennemi

Dans le Sud, les champs étant régulièrement inondés, les pommes de terre pourrissent souvent avant d’être récoltées.

Dans le Sud, c’est connu, il pleut souvent et beaucoup. Ce qui fait que les champs sont régulièrement inondés et que les légumes pourrissent. Surtout ceux qui sont sous terre, comme les carottes et les pommes de terre. « La pluie est nécessaire, mais quand il pleut trop, la récolte est mauvaise. Malheureusement, nos champs sont dans une région pluvieuse », dit Faraad Jagan.