Ebony Forest : 5,5 km d’expédition… à pied
Nous avons mis le cap, le mardi 28 juin, sur Ebony Forest située sur la route de la Terre des 7 Couleurs à Chamarel. Suivez le guide pour une randonnée au cœur d’une nature verdoyante.
«Courage, ce n’est que le début… » L’escalier en terre menant à une pente en béton que nous avons emprunté pour arriver au Raised Walkway où se fait le « Bird Watching », nous a épuisés.
Voilà bien qui donne le ton de cette randonnée au cœur de la nature verdoyante d’Ebony Forest à Chamarel en ce mardi 28 juin. C’est en compagnie de Nethyanand (Nethy) Chunwan, Operations & Marketing Co-ordinator d’Ebony Forest Ltd, que nous entamons le Guided Trek de 5,5 km d’une durée de 3 à 4 heures.
Sur place, nous découvrons une passerelle. Selon Nethy, elle est unique en son genre. En descendant les marches, une loupe attise notre curiosité. Y verra-t-on le fameux Coq des Bois (Flycatcher) qui vit dans cette forêt ? Les feuilles d’une plante endémique, le Bois Corail, apparaissent. « La floraison est entre mars et décembre », dit Nethy.
En reprenant nos pas, nous découvrons d’autres plantes endémiques en voie de disparition, dont un type de fougères. Nous contemplons les Bois durs et des échantillons de Bois d’Ébène mis sur un « spot » de la passerelle. Nethy nous montre la « Chicken Feet » (Patte Poule à piquant), une plante dont les feuilles sont comme les pattes des poules.
S’ensuit la découverte du Cauliflore qui signifie « tige/tronc avec des fleurs ». Selon la pancarte d’explication, les fleurs et les fruits émergent couramment de boutons ou de nouvelles pousses. Sur certaines plantes, ils poussent directement sur les troncs d’arbres. Ce qui permet à des animaux ne sachant ni grimper ni voler de polliniser l’arbre ou de répandre ses graines.
À mesure que nous avançons, nous découvrons des nids artificiels dans les arbres. Les espèces d’oiseaux indigènes, dont la conservation se fait dans la forêt Ebony, ne semblent toutefois pas d’humeur à faire admirer leur plumage…
Les ailes de cette forêt sont le Bulbul Mauricien, le Coq des Bois, le Pic Pic ou Zozo qui se nourrissent de fruits et d’insectes. Le Paille en queue (Phaeton lepturus) y niche aussi, ainsi que la chauve-souris mauricienne (Pteropus Niger) qui est l’unique mammifère endémique de l’île qui aide à la restauration de la forêt en propageant les graines des plantes indigènes.
Depuis 2006, 152 000 plantes indigènes ont été plantées à Ebony Forest, dont quelque 140 espèces endémiques.»
Nous découvrons le Bois d’Ébène noir dont la croissance est extrêmement lente. Les plus grands ébéniers dans nos forêts aujourd’hui ne dépasse pas 50 cm de diamètre, datant d’environ 200 ans. « Quelques spécimens abattus par les Hollandais avaient un diamètre supérieur à un mètre et pouvaient avoir plus de 1 000 ans », explique Nethy. Les ébéniers, comme beaucoup d’arbres tropicaux, ne possèdent pas de cernes de croissance qui sont les caractéristiques des espèces poussant dans des climats plus froids ou plus secs où il existe des saisons, ajoute-t-il.
Retour à la pancarte Raised Walkway. Nous empruntons cette fois-ci le sentier menant au Ridgeline Trail. Nous bravons les escaliers en terre. Nethy écrase une feuille et nous la fait sentir. « Ça sent la carotte », dit-on. Selon la pancarte explicative, cette plante s’appelle Bois de Carotte (Pittosporum Ferrugineum).
Quelques minutes après, nous voici arrivés au premier viewpoint de notre randonnée : Le Morne. Assis sur un banc en bois, nous respirons à pleins poumons tout en contemplant la belle péninsule du Morne abritant Le Paradis Beachcomber Golf & Spa.
Au Sublime Viewpoint

Après cette petite pause, nous mettons le cap sur Sublime Viewpoint. Nous bravons les racines des arbres sortant de terre, nous nous agrippons aux cordes sur les sentiers tout en résistant à la brise.
En une vingtaine de minutes, nous arrivons à destination. Le souffle coupé, nous courons pour admirer de plus près la vue imprenable sur le lagon avec l’Ile aux Bénitiers en toile de fond. Au loin, nous apercevons le Corps de Garde, la montagne des Trois Mamelles et le Piton de la Petite Rivière-Noire, la plus haute des montagnes du pays ou encore la chaîne de montagnes de Moka.
Installés dans un sofa en bois, sirotant un jus de tamarin au parfum vanille-citron qui nous a été servi, nous profitons de la vue carte postale sur cette partie de l’île qu’offre Ebony Forest. Sur cette plateforme, il y a un coin snack écolo alimenté par l’énergie solaire. Les gouttes de pluie sont aussi récupérées. Au menu, « samoussas », barres de céréales et jus faits maison au tamarin et à la citronnelle, entre autres.
Ascension du Piton Canot
Prochaine destination : Piton Canot. En chemin, nous découvrons d’autres plantes classées comme espèces en voie de disparition : Mazambron Marron, Bois Puant, Barleria, Mandrinette, un genre d’hibiscus… Pour accéder au sentier conduisant au Piton Canot, il faut franchir une porte dont l’accès est contrôlé par Ebony Forest Ltd.
Notre ascension de la montagne se fait tantôt en s’agrippant aux cordes tantôt en s’accrochant aux feuilles et tiges des arbres ou encore au creux des rochers sur les pentes. Enfin nous voilà au sommet de Piton Canot, qui est aussi l’un des parcours du Dodo Trail.
Après l’effort, le réconfort. À 540 mètres de haut, ce sentiment de plénitude est indescriptible. Au loin, de gros nuages noirs arrosent les Plaines-Wilhems et le sud-ouest.
Des gouttes de pluie s’écrasent sur nos visages. Nous rebroussons chemin. Si l’ascension a été dure, la descente l’est beaucoup moins.
Au musée Ebony Experience, Nethy nous fait une visite guidée. Au retour à la boutique, un Mauritius Kestrel dans le ciel marque la fin de notre expédition à Ebony Forest.
#Piton Canot#Ebony Forest : We nailed it !
La mission d’Owen et Mary-Ann Griffiths
Spécialistes en bioculture, Owen et Mary-Ann Griffiths sont les directeurs de La Vanille Nature Reserve, de l’Ebony Forest Reserve Chamarel et de la François Leguat Reserve à Rodrigues.
C’est en 2005 qu’ils reprennent Ebony Forest, un terrain privé s’étalant sur une cinquantaine d’hectares. En 2006, ils décident de le restaurer. « Il reste moins de 2 % de forêt indigène et Ebony Forest est un site important pour la biodiversité. Sans action, les plantes envahissantes prendraient le dessus et cette biodiversité fragile et rare serait perdue », indique le Dr Christine Griffiths, la General Manager d’Ebony Forest Ltd.
Owen et Mary-Ann Griffiths veulent créer un refuge où la flore et la faune endémiques pourraient s’épanouir, empêchant de nouvelles extinctions d’espèces.
Infos pratiques
- Guided Trek (5,5 km) – Rs 1 500 (adultes) et Rs 900 (enfants)
- Take A Drive (par 4×4) – Rs 900 (adultes) et Rs 600 (enfants 5-17 ans)
- Bird Watching – Rs 1500 (adultes) et Rs 900 (enfants)
- La visite Standard est à Rs 300 (adulte) et Rs 180 pour les enfants.
- Le Self-led Hike est aussi disponible.
Nombre de Pink Pigeon introduits
50 Pink Pigeon ont été introduits sur deux périodes de relâcher (2018-2019). « Comme pour toutes les translocations, le nombre d’oiseaux qui sont restés sur place était de 19. La population est depuis passée à 30 pigeons roses car ils se reproduisent sur place. »
Nombre de Echo-Parakeet relâchés
50 Echo Parakeet ont été introduits sur deux périodes (2018-2019). Aucun des oiseaux n’est resté. En 2022, l’élevage à la main a été introduit pour la première fois, ainsi que la libération des jeunes oiseaux afin d’encourager la fidélité au site. Dix oiseaux ont été utilisés pour ce projet, dont huit sont vus sur place.
La libération du Pink Pigeon et de l’Echo-Parakeet a été réalisée en collaboration avec le National Parks and Conservation Service. C’est un projet cofinancé par le Critical Ecosystem Partnership Fund.
Équipe de conservation
L’équipe de conservation se compose de 8 personnes. Ses tâches comprennent :
- Grille de contrôle des prédateurs
- Suivi des oiseaux endémiques
- Projet Maurice Kestrel (surveillance et installation de nichoirs)
- Echo Parakeet (surveillance des oiseaux, alimentation des oiseaux)
- Pink Pigeon (surveillance et alimentation des oiseaux)
- Conservation des invertébrés
L’équipe de restauration de la forêt
22 personnes basées à Ebony Forest constituent l’équipe de restauration, 9 à Vallée de L’Est et 6 à Montagne Longue, dit le Dr Christine Griffiths. La plupart des efforts se concentrent sur le désherbage. « Les deux équipes plantent les sites. Les femmes aident également à la pépinière, semant les graines, rempotant et entretenant les pots. »
