À RIVIÈRE-DES-GALETS : Otages d’une mer capricieuse
Frayant son passage des hauteurs du village de Chemin-Grenier, la Rivière des Galets termine sa course dans la mer où les raz-de-marée se manifestent durant les mois d’août à octobre. Près de cette embouchure, à la Résidence Petit Bien, vivent quelque 500 personnes, dont des pêcheurs et laboureurs.
En ce jour d’octobre, le soleil brille de mille feux à Résidence Petit Bien. À l’embouchure de la Rivière des Galets, Coralie, 12 ans, et ses amis rigolent tout en nageant dans l’eau saumâtre. En nous voyons, elle sort rapidement de l’eau et se couvre avec sa serviette.
Le changement climatique, qu’est-ce que tu comprends par ça? «Pakone.Kietesa?»répond l’enfant. Après nos explications, elle confie: «Ahoui! Ban vag pouss for ek li depas miray ek rant dan nou lakaz. Bizin tir delo ek seo. Souvan kan lamer for, nou gagn per kan nou dormi aswar tansion vag pran nou ale enn kout. Bizin protez laplanet parski sinon nou pou nepli kav res isi si dilo kontign monte. »
Les adultes, qui discutent en bord de route, tendent l’oreille pour connaître la raison de notre présence. D’autres vaquent à leurs occupations quotidiennes. Une mère de famille qui épluche ses légumes nous lance : « Mwa mo zanfan lamer ek mo pou ress laem mwa. Ariv seki ariv. » Sa voisine de renchérir : « Mo pann al lekol mwa, mo pa tro konpran sa ban zafer klima-la. »
Un adolescent nous conseille de parler avec son père. « Je vais le chercher. » Entre-temps, nous pressons le pas pour aller voir les maisons abîmées par le temps qui longent un grand mur en dur. Il a été construit en 2018 par les autorités pour protéger les occupants des lieux des raz-de-marée qu’occasionnent souvent cette mer connue pour être capricieuse. Le récif n’est, en effet, qu’à une cinquantaine de mètres de la terre.
Une canne à la main, un homme accompagné d’un gamin du village vient vers nous. Lui, c’est Régis Fanny. Âgé de 58 ans, il est pêcheur. Cependant, il est dans l’incapacité de travailler car il a été tout récemment victime d’un grave accident de la route. « Dieu merci, j’en suis sorti vivant », dit-il en s’asseyant sur un rocher en face de la mer.
C’est à l’âge de 5 ans que Régis Fanny est venu habiter à Rivière- des-Galets, un village point à l’abri de la montée des eaux liée au changement climatique. En grandissant en bord de mer, il a été témoin de nombreux raz- de-marée. « Fer per kan get sa vini. Dilo al partou dan bann lakaz ek li ariv mem ziska lagar divan vilaz. Manier ki mo trouve, pli ale sitiasion la pe vinn pli danzere. Lamer pli for ek ena plis la oul. »
Les autres habitants du quartier et lui sont conscients qu’un jour il leur faudra envisager de quitter les lieux. D’autant que gagner sa vie dans cette mer incertaine est de plus en plus difficile. « Pena bon lamer pou lapes isi. Bizin al pli lwin. Parfwa, ena enn de peser ki zet lalign pou gagn enn kari pou nouri so fami ou li al vande pou gagn enn ti kas. Isi bokou dimoun travay gramatin pou manz tanto. »
Conscient de la vulnérabilité de Maurice face aux effets du changement climatique, Régis Fanny pense que l’État doit redoubler d’efforts pour reloger les habitants de Petit Bien pas très loin de ce front de mer. « Per pa per, ki pou fer, bizin trouv enn solision. »

