Un album de photos révèle le défi climatique dans l’océan Indien
Pour la première fois à Maurice, la photographie vient révéler la vulnérabilité à laquelle sont exposées les îles. Et Maurice est parmi les îles les plus exposées en raison de son secteur du tourisme, soit avec quelque 100 000 emplois directs et indirects. L’album de photographies bilingue, intitulé ‘Les Iles face au défi climatique : une sélection de 47 photographies. Islands facing the climate challenge : A selection of 47 photographs’, lancé en juillet 2022, est l’aboutissement d’un concours de photographies organisé par la Commission de l’océan Indien (COI) et l’Union européenne (UE).
Au total 47 photographies ont été sélectionnées par un jury présidé par la Réunionnaise Aurélie Spinola et composé de Vassen Kauppaymuthoo, Bodonirina Randrianalidera-Cotte, Laurie Castel et Emmanuel Thevenin. Pour le Pr. Velayoudom Marimoutou, secrétaire-général de la Commission de l’océan Indien (COI) et un des préfaciers de l’album : « Le doute n’est plus permis. Le sixième rapport du Groupement intergouvernemental d’experts sur le climat a confirmé l’origine humaine au dérèglement climatique. Les corollaires sont la perte de biodiversité, la hausse du niveau des mers, le recul de la banquise et les risques accrus d’évènements climatiques extrêmes, entre autres. D’un bout à l’autre de la planète, les équilibres de la planète sont menacés. Nous sommes tous concernés parce que tout est intriqué. La menace est mondiale et systémique. »
« Catastrophes naturelles et changement climatique »
De son côté, Vincent Degert, ambassadeur de l’Union européenne (UE) auprès de Maurice et des Seychelles, a fait valoir que « les îles de l’océan Indien figurent parmi les pays les plus exposés aux risques de catastrophes naturelles et à l’impact croissant du changement climatique. Ces dernières années, ces îles ont connu des catastrophes de grande ampleur qui ont causé des pertes, tant en vies humaines qu’économiques et financières. Cette situation est amenée à s’intensifier sous les effets du changement climatique, un phénomène qui affecte particulièrement la région et qui met en péril les avancées en matière de développement. Madagascar est d’ores et déjà confronté à cette réalité : depuis 2020, le Sud de l’île est frappé par sa pire sècheresse depuis 40 ans. L’impact est considérable sur les populations et singulièrement les plus vulnérables et sur l’économie locale. »
L’eau d’une flaque pour boire
Un des lauréats du concours, le Malgache Mahasetra David Razafimbohitra, rend compte de l’impact du changement climatique à Madagascar, grâce à un cliché qui montre un enfant recueillant l’eau d’une flaque pour boire. « À Madagascar, la pauvreté devient encore plus difficile à traiter à cause du changement des saisons, qui fait que les moins privilégiés ont besoin de chercher d’autres moyens de subsistance », fait-il observer. Comment y répondre ? Un des moyens les plus efficaces reste la reforestation, grâce à la création de pépinières qui servent à cultiver de jeunes pousses, lesquelles donneront lieu à des arbres résistants.
Autre lauréat, autre réalité : celle de l’île Maurice où Abbigayle Claite a photographié des rochers placés sur le littoral de Pointe-aux-Sables pour circonscrire l’érosion causée par le changement climatique. Dans cette région, ce qu’il faut cependant préciser, entre autres, c’est que des habitants sont les premiers responsables de ce que la photographe qualifie comme une défiguration de la plage avec ces rochers. Malheureusement, c’est souvent le prix à payer face à l’irresponsabilité de certains individus. Ainsi, à Balaclava, face à l’élévation du niveau de la mer, les hôteliers ont eux-aussi eu recours aux rochers, comme en témoigne le cliché de Rowland Narraidoo.
Paysages désertiques
Toujours à Madagascar, Inès Wick, autre lauréate, n’hésite pas à écrire que croiser un arbre, après avoir traversé des kilomètres de paysages désertiques en voiture, relève du miracle. Son cliché montre un homme perdu dans un paysage qu’on devine sec et aride. Il cherche quelque chose dans sa poche. « De l’espoir ? Une fiole remplie d’eau ? », se demande Inès Wick. Plus loin, un cliché de Razandry Lafinarivo, où l’on aperçoit deux arbres au milieu d’une grande espace aride, attirant l’attention sur les incontrôlables feux de brousse, qui favorisent le changement climatique et la désertification. Même s’il y a de la pluie, c’est insuffisant, dit-il.
Toujours dans la grande ile, Herinjaka Rivomalalanimaro offre un cliché qui montre un lac asséché dans le Sud et qui fut naguère « un excellent lieu de villégiature où se pratiquait la planche à voile ». Ici, c’est le manque récurrent de pluies qui a provoqué l’assèchement du lac, avec pour conséquence la diminution des activités de pêche dans les communes avoisinantes.
L’érosion sur le littoral sud-est
À Maurice, Geoffrey Summers a saisi le triste spectacle de l’érosion sur le littoral Sud-Est, où l’on peut constater l’état d’un arbre dont les racines sont décharnées. « Avec la montée du niveau de la mer et l’intensification des tempêtes, la barrière protectrice des récifs coralliens ne peut plus protéger les côtes et les plages de l’érosion irréversible », dit-il. Un cliché semblable, signé Mathieu Tse Sik Sun, permet de voir un arbre à Midlands Dam avec en toile de fond une végétation plutôt luxuriante. Cependant, et compte des dégâts causés à l’environnement dans le passé et une certaine indifférence des autorités, il faut se féliciter de l’action commune de l’État, du secteur privé et des ONG, qui ont su répondre à cette situation grâce à la mise en mer de mangroves et de filaos sur les plages. Depuis ces dernières années, la Beach Authority est venue de l’avant avec une stratégie d’aménagement et de protection de notre littoral. Désormais, des amendes très lourdes frappent ces mêmes individus qui improvisaient des foyers à l’ombre des filaos et inondaient les plages de cannettes de bière durant leurs beuveries de week-end.
C’est à Poste de Flacq que s’illustre l’action du gouvernement, où Bibi Nabeela Fokeerbux a photographié des mangroves dont la fonction est de « stabiliser les zones côtières et limiter l’érosion côtière en absorbant l’énergie des vagues et en atténuant la force des marées montantes ». Sous l’intitulé ‘Nature Morne’, Yannick Mootoosamy souhaite sensibiliser sur l’érosion au Morne où, dit-il, « la végétation se meurt ». Un autre cliché de Jennifer Claite attire l’attention sur le recul progressif de la plage à Albion. Un phénomène commun à toutes les îles de l’Indiaocéanie, sauf, semble-t-il, à La Réunion, qui ne fait l’objet d’aucune photographie. Pourtant, France Info fait bien observer que « la submersion des rivages est déjà à l’œuvre dans plusieurs archipels lointains ». Il cite l’exemple de Maldives, de La Réunion, des Seychelles et de l’île Maurice…
