Yuv Sungkur, activiste pour le climat : «Les jeunes n’ont pas peur de faire changer les choses»
À 23 ans, cet habitant de Calodyne parlera de « Climate Matters » lors du TEDxPlainesWilhems qui se tiendra au Trianon Convention Centre ce jeudi 25 août. Et en tant que « Global Youth Ambassador » pour l’ONG TheirWorld, il mettra le cap sur New York en septembre.
Comment vous êtes-vous impliqué dans l’activismeclimatique ?
Je suis devenu activiste pour le climat durant mes études, en prenant conscience des répercussions du changement climatique sur les petits États insulaires en développement. Bien que ces pays, Maurice y compris, contribuent à moins d’un pourcent du total mondial de gaz à effet de serre, ils sont parmi les plus vulnérables à ses conséquences.
Je veux absolument que les générations futures vivent et découvrent Maurice comme j’ai pu l’explorer. Le futur de ma génération et des générations à venir est en jeu et il faut se battre pour ce que l’on souhaite.
Le changement climatique est un sujet qui vous tient très à cœur, semble-t-il…
Le changement climatique va au-delà de ce que l’on pense. C’est une crise qui influe sur la vie des gens, tels que des fermiers, pêcheurs, des familles. C’est une crise qui touche nos populations et nos communautés. Pour moi, c’est une nécessité de pouvoir les représenter et défendre leurs intérêts. J’ai la chance de pouvoir porter ma voix pour ceux qui n’en n’ont pas, c’est ça qui me tient à cœur.
La 7e édition de TEDxPlainesWilhems la semaine prochaine, encore une opportunité pour défendre vos idées ?
Je suis extrêmement reconnaissant de pouvoir m’exprimer sur une scène aussi prestigieuse que TEDx. Je suis heureux de pouvoir exprimer et partager mon point de vue sur le lien entre la jeunesse et le changement climatique. C’est une chance de pouvoir partager la scène avec les huit autres « speakers ».
Chaque intervenant de cette 7e édition a une idée unique et originale à partager avec le public. D’ailleurs, j’encourage tout le monde, et surtout les jeunes, à venir. Vous trouverez un « speech » qui résonnera en vous.
Sur quoi sera axé votre discours ?
Sans trop en dire, je parlerai de l’importance de la perspective de la jeunesse dans les décisions politiques reliées au climat. Nous sommes pleins d’énergie, passionnés, créatifs et prêts à apprendre. Il est temps de nous faire confiance et de nous inclure lorsqu’il s’agit de notre futur.
Maurice n’est pas à l’abri des conséquences du changement climatique. Il est temps d’agir.
Maurice, tout comme les autres petits États insulaires en développement (PEIDs), est des plus vulnérables au changement climatique, par sa superficie et sa localisation. En d’autres termes, nous sommes les premiers touchés par les effets du changement climatique. We are at the frontline. En tant que PEIDs (pays émettant le moins de gaz à effet de serre), nous devons demander et nous battre pour la justice climatique. Nous devons agir car nous devons nous donner les moyens de protéger notre île. Nous avons la responsabilité d’assurer un futur viable aux prochaines générations.
Votre avis sur les politiques actuelles sur le climat ?
Je suis persuadé que notre pays a la capacité de devenir un vrai leader pour les petits États insulaires au niveau international. Nous avons les capacités et Maurice doit être beaucoup plus vocal dans ses négociations climatiques et prôner une forte collaboration entre les îles durant ces sommets. Promouvoir la voix des îles et des Mauriciens durant ces négociations est un devoir auquel nous devons donner priorité.
Au niveau national, la catastrophe écologique engendrée par le naufrage du MV Wakashio en 2020 doit résonner comme une sonnette d’alarme. Nous avons vu l’amour de la population pour l’île et l’environnent lors des manifestations. Nous aimons de tout cœur notre île. J’aimerai que cette fougue se fasse ressentir à travers nos leaders, mais aussi à travers leurs politiques et leurs initiatives.
Quid des lacunes ?
Je pense que c’est une question de mentalité. Notre mentalité se doit de changer et nous devons comprendre que le changement climatique n’est pas quelque chose qui restreint nos vies et notre liberté. Nous avons souvent tendance à assimiler le changement à la restriction, mais c’est faux. Ce n’est pas tout blanc ou tout noir. Changer ne veut pas dire se restreindre. Cette mentalité de société doit changer pour que nous puissions avancer efficacement.
Nous sommes pleins d’énergie, passionnés, créatifs et prêts à apprendre. Il est temps de nous faire confiance et de nous inclure lorsqu’il s’agit de notre futur»
L’engagement des jeunes, nécessaire ?
C’est justement pour cette raison que les jeunes doivent être engagés au niveau politique. Car nous sommes prêts à changer les choses et faire les efforts nécessaires. Les effets du changement climatique ne sont pas que l’affaire du gouvernement, mais l’affaire de tous les secteurs confondus ! Il faut que cette envie de changement de comportement vienne du gouvernement bien sûr, mais aussi du secteur privé (sans faire de « Greenwashing »). Également des écoles qui doivent instaurer un programme d’études sur le changement climatique pour éduquer les enfants, et enfin des individus.
Comment les motiver ?
Je pense sincèrement que nous n’avons pas besoin de motiver les jeunes car ils le sont déjà. Les réseaux sociaux nous permettent de nous exprimer librement, que ce soit sur nos pensées politiques ou nos passions, nos projets et nos initiatives. Cette liberté d’expression nous rend indépendants, mais aussi nous motive à agir et créer à partir de nos propres moyens. Nous débordons d’idées innovantes et nous n’avons pas peur de faire changer les choses.
La transformation par l’éducation changera la donne ?
La lutte contre le changement climatique passe en grande partie par un apprentissage et une éducation sur cette crise. Notre nouvelle génération d’ingénieurs, d’entrepreneurs et de politiciens vivra dans cette période et doit être consciente des risques de cette crise. Ils doivent être prêts à trouver des solutions, que ce soit au niveau technologique, politique ou social.
Que faire déjà chez-soi ?
Vous pouvez faire plusieurs choses à partir de votre maison et elles sont simples ! Quelques exemples : augmenter votre consommation de légumes, ne pas mettre la clim quand vous n’en avez pas besoin, choisir des ampoules LED, utiliser une gourde à la place d’une bouteille d’eau… Il y a beaucoup de petites habitudes qui ne sont pas compliquées à prendre !
Vous mettez bientôt cap sur New York.
En effet ! J’ai la chance de partir à New York en septembre en tant que Global Youth Ambassador pour l’ONG TheirWorld. C’est une immense opportunité pour moi. J’aimerai rencontrer le plus de personnes venant de petits États insulaires afin de pouvoir échanger et prendre contact.
À New York, je participerai à la United Nations General Assembly et plus particulièrement au Transforming Education Summit, où je ferai de mon mieux pour représenter les intérêts de la jeunesse mauricienne en faisant le lien entre l’éducation et le climat. Je participerai en tant que « speaker » dans des panels de discussions et je ferai plusieurs interventions durant mon séjour là-bas.
What’s next ?
Bonne question ! What’s next ? I hope it is a world where we become conscious of the effects that our activities have on our p lanet and where we work collaboratively to find cross-sectoral solutions to a global issue and where innovation rhymes with sustainability.
Le mot de la fin ?
J’ai hâte de pouvoir rencontrer le plus de monde possible lors du TEDxPlainesWilhems ! Si vous n’avez pas encore pris vos places, je vous encourage à le faire vite, le show se tiendra jeudi, au Trianon Convention Centre… (rires)
Son ambition : devenir négociateur pour le climat
Après le primaire et le secondaire à l’École Jeannine Manuel à Paris, Yuv Sungkur a effectué un Bachelor en sciences politiques et relations internationales à l’université McGill de Montréal au Canada. Son master en Gouvernance environnementale internationale a été entrepris à la Vrije Universiteit d’Amsterdam. Il est également le fondateur de l’ONG Food Water Hygiene (FWH) Mauritius dont la mission principale est l’aide humanitaire. Passionné de sports et de voyages, il a pour ambition de représenter et défendre les intérêts climatiques des petits États insulaires au niveau international en tant que négociateur pour le climat.
Depuis juin 2021 : l’ONG Food Water Hygiene a aidé plus de 600 personnes
Yuv Sungkur explique que l’objectif de l’ONG Food Water Hygiene (FWH) Mauritius est de soutenir les Mauriciens vivant dans des situations de faim, de pauvreté et d’inégalité. FWH fournit de la nourriture, de l’eau et des produits hygiéniques essentiels à travers des distributions régulières.
« Depuis notre lancement en juin 2021, nous avons pu aider plus de 600 personnes à travers six distributions. Notre plus grosse distribution à ce jour s’est tenue en décembre 2021, lors de laquelle nous avons distribué 60 boîtes en deux jours pour aider deux shelters pour les femmes et 120 cadeaux aux enfants », souligne-t-il. Pour en savoir plus sur les activités de FWH Mauritius, rendez-vous sur son site web
www.fwhmauritius.com, sur sa page Facebook Food Water Hygiene Mauritius et sur Instagram @fwhmauritius.
