Victoria Desvaux, activiste écologique : «La protection de notre espace est une question de survie, pas un choix»

Citoyenne engagée dans le domaine environnemental, notamment en tant que coordinatrice de la plateforme citoyenne Zero Waste Mauritius, Victoria Desvaux se confie. Outre son engagement, elle arbore des habitudes vertes au quotidien. Cette permacultrice vit en harmonie avec son environnement.

Comment vous connectez-vous à la nature ?
À travers mon travail, j’espère créer des espaces qui facilitent la « reconnexion à la nature ». Je veux qu’ils aident à être respectueux de la nature, et j’organise des événements en ce sens. Je travaille avec la permaculture et me concentre beaucoup sur la réduction des déchets et le « community building ».

Pour vous, que veut dire vivre en harmonie avec la nature ?
Je pense qu’on pourrait décrire cela comme un mode de vie ne nuisant pas aux conditions d’épanouissement de la vie, telles que l’accès à l’eau pure, au soleil, à l’air sain, à un sol sain, et qui ne nuit pas à la biodiversité… comme le dirait Zoe Rozar, de l’Institut Bon-Pasteur, avec qui j’ai étudié la permaculture.

Peut-on vivre 100 % écolo en 2020 ?
On peut certainement s’en rapprocher, oui ! Le « 100 % » semble faire peur et parfois nous figer ; alors, pourquoi ne pas se dire qu’il s’agit d’un pas, puis d’un autre – et ainsi de suite – vers cet objectif ? Et puis, souvent, je me demande si on a le choix… La protection de notre espace est une simple question de survie, pas un choix.

Y a-t-il un retour vers la nature ou est-ce une mode ?
Bonne question ! J’aime croire qu’au moins une partie des initiatives qui voient le jour viennent d’un changement profond de perspective, que ces initiatives viennent d’un plus grand respect pour l’environnement, de la reconnaissance de notre interdépendance avec le reste des êtres vivants et de l’environnement qui nous entoure.

Une amie partageait dernièrement un article sur l’interaction entre les baleines et les phytoplanctons, dont celles-ci favorisent la croissance à travers leurs mouvements et leurs déjections, des phytoplanctons qui absorbent du dioxyde de carbone et produisent une bonne partie de notre oxygène… Ce n’est qu’un exemple de comment ces liens d’interdépendances peuvent être trouvés partout dans la nature…. Si on en prenait plus conscience, je pense qu’on réaliserait qu’être « écolo » n’est pas une idée « sympa pour l’image » ou « hippies », mais fondamentale, si on veut garder des conditions de vie correctes en tant qu’humains.

Le bio et l’énergie verte sont-ils accessibles au grand public ? Parle-t-on de luxe, lorsqu’on parle d’énergie verte et de produits bios, selon vous ?
Je pense que le grand défi d’aujourd’hui est justement la démocratisation de tout cela. De faire en sorte que tout cela devient la norme, que ce soit accessible à tous. Il y a des actions qu’on peut tous prendre.

Je dis souvent, quand on me pose la même question pour le « zéro déchets », que dans ce cas, si on a le privilège de pouvoir faire quelque chose, cela devient notre devoir de le faire. C’est pour ainsi nous assurer que ces alternatives soient accessibles à tous. Pour le zéro déchet, c’est par exemple utiliser notre temps et notre voix pour faire en sorte qu’il soit possible à tous d’avoir accès à des produits qui ne sont pas suremballés. On peut en discuter avec les producteurs et les revendeurs, par exemple.

Parlons d’un secteur qui vous concerne : la gestion des déchets… Comment le Mauricien moyen peut-il atteindre zéro déchet ?
Le zéro déchet s’appuie sur le waste hierarchy : refuser, réduire, réutiliser, recycler, composter… Je dis toujours que « refuser » — les emballages qu’on peut éviter, ce dont on n’a simplement pas besoin – est à la portée de beaucoup d’entre nous. Il suffit ensuite de voir comment ces principes peuvent s’appliquer à nos vies. Il s’agira de solutions différentes pour chacun d’entre nous.
Le compostage est quelque chose d’accessible à beaucoup d’entre nous, d’ailleurs, et il réduit une grande partie de notre volume de déchets. Des solutions existent même pour ceux qui vivent en appartement. De plus, on peut ainsi nourrir et régénérer le sol. Un sol sain et régénéré permet d’aller vers une agriculture qui ne dépendrait pas autant des intrants chimiques utilisés. Ceux-ci peuvent avoir un impact sur notre santé et notre environnement.

Le plastique fait partie directement ou indirectement de notre quotidien. Abolir uniquement certains types de sacs plastiques n’est-il pas un coup d’épée dans l’eau ?
Chaque objet a ce qu’on appelle « un cycle de vie » et donc, des impacts liés à sa vie avant qu’il n’entre dans nos vies – conception, production, extraction des matières premières, transport – et après qu’on en dispose.

Il s’agit donc de prendre en considération tout ce cycle de vie et son impact sur l’environnement. La production des objets à usage unique, tels que pailles, bouteilles d’eau, sacs plastiques, requièrent énormément de ressources et d’énergie. Et ils sont utilisés seulement quelques minutes pour être ensuite jetés. Et ils resteront sur Terre bien plus longtemps que nous et pourront relâcher des substances nocives dans l’environnement dans lequel ils se trouveront.

Quelle est votre vision pour réduire les déchets et comment le traduisez-vous en action ?
Je pense qu’il faut juste commencer quelque part, s’informer et puis, prendre une petite action. Pour moi, la création d’un compost, de même que l’utilisation d’une bouteille réutilisable et d’un sac réutilisable pour faire ses courses sont les points d’entrée dans cette démarche, que je recommande à beaucoup.

Ma vision, néanmoins, est vraiment celle d’une meilleure prise de conscience et d’une compréhension de ces sujets. C’est pour cela que Zero Waste Mauritius se concentre beaucoup sur l’éducation et le partage d’information. Je fais, d’ailleurs, un petit clin d’œil à tous les super volontaires de Zero Waste Mauritius, qui mettent en place des interventions pour les écoles et groupes de jeunes sur le sujet de la réduction de déchets.

Et la permaculture, faites-nous découvrir ce concept…
Je décris souvent la permaculture comme un cadre de travail (un processus de conception créatif) qui nous permet d’aller vers un futur respectueux de l’Homme, de la Terre et de la biodiversité. La permaculture est basée sur trois éthiques : Earth Care, People Care et Fair Share.

Il peut être mis en place dans plusieurs domaines, de l’agriculture à la construction écologique, en passant par l’éducation et l’économie. Il s’agit bien plus que du « jardinage bio », même si on connaît la permaculture principalement pour cela. Pour moi, la permaculture revient justement à ce « changement de perspective » que j’évoquais. Elle nous donne également des outils concrets pour commencer à aller vers ce futur plus respectueux des êtres vivants !

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