Quoi de Vert? – Recyclage : Valéry de Falbaire rend aux hommes le plastique jeté à la mer

Cette semaine, Quoi de VERT ? présente Valéry de Falbaire. Jeune Mauricien engagé à combattre différents problèmes sociaux, Valéry est né dans une famille de sportifs et a passé 15 ans comme athlète de haut niveau (natation).C’est à travers le sport qu’il a appris les valeurs qui lui sont chères, comme le respect, le courage, la détermination et l’amitié. Avec le sport, il a su combiner sa passion pour la protection de l’environnement.

Comment est née cette prise de conscience écologique ?
En 2014, j’ai eu la chance d’avoir été élu Young Sport Ambassador pour représenter Maurice aux Jeux olympiques de la Jeunesse, à Nanjing en Chine. C’est là que j’ai appris que le sport était bien plus que de l’entraînement physique et de la compétition. J’ai appris qu’à travers le sport, on pouvait contribuer à créer un monde meilleur. Le sport a la pouvoir de rassembler et d’unir, mais aussi la possibilité d’apporter des solutions pour améliorer la qualité de vie des individus, équipes et communautés.

Depuis petit, je voulais aider les gens et l’environnement. Mais cet événement a été une source d’inspiration et de motivation pour concrétiser mes actions. Souvent, je participe avec ma famille ou mes amis à des beach cleanups, mais après avoir ramassé des kilos de plastique sur la plage, on n’avait pas d’autres options que de les renvoyer à Mare-Chicose. Maurice manque de solutions de recyclage et spécifiquement de petites entreprises locales de recyclage.

Souhaitant allier ma passion pour le sport et mon intérêt pour combattre la pollution plastique, j’ai décidé de mettre en place un projet où l’on pourrait transformer le plastique collecté sur les plages en équipements de sports.

Precious Plastic Hub, c’est quoi?
Le Plastic Hub est un projet sponsorisé par Vital Eau de Source et Panasonic. Ces deux entreprises ont cru en moi et m’ont aidé à réaliser le projet Precious Plastic Mauritius. Nous avons construit deux machines pour recycler le plastique. Un shredder, qui va broyer le plastique en petits morceaux, et une machine à injection, qui va fondre le plastique et l’injecter dans des moules que nous construisons. Nous pouvons recycler jusqu’à 15 kg de plastique par jour. Le Recycling Hub a aussi une vocation éducationnelle, car nous organiserons des workshops, et des activités à travers l’île, car nos machines sont transportables. Nous avons mis en place un business model qui peut être répliqué, afin d’avoir différents hubs à travers l’île.

Comment comptez-vous élargir votre champ d’action ?
Precious Plastic Mauritius est bien plus qu’un centre de recyclage. Nous souhaitons être une inspiration pour que de nombreux Mauriciens se lancent dans l’économie circulaire et le social business. Le monde se porterait bien mieux, si nous revoyions notre modèle économique. Nous devons encourager les jeunes à se tourner vers des business plus responsables. C’est possible de se faire de l’argent et de gagner sa vie, tout en contribuant à une cause sociale. à travers nos workshops, nos campagnes de sensibilisation et d’autres activités que nous organisons, nous souhaitons créer des changements de comportement à long terme chez les personnes qui participent.

Est-il difficile d’être un militant écologiste à Maurice ?
Non pas du tout, il faut juste commencer petit pour se donner la chance de grandir. La clé de la réussite de tout projet est de commencer petit. Nous sommes dans un pays démocratique et libre, donc nous avons la chance de pouvoir faire avancer nos idées. Chacun peut entreprendre une action écologique ou sociale. Il ne faut pas uniquement compter sur le gouvernement pour résoudre tous les problèmes.

Revenons au Sud, là où vous opérez. Blue-Bay est souvent cité comme une des plus belles plages du pays, mais qui se dégrade. Quelle est la situation à Blue-Bay ?
Blue-Bay est une zone fragilisée par l’urbanisation non contrôlée. Nous avons construit nos maisons sur des dunes de sable. Nous sommes entourés de wetlands et de mangrove, deux systèmes très importants pour notre environnement, mais l’urbanisation et le manque de responsabilité environnementale et sociale de certains promoteurs immobiliers est un réel danger. En ce qui concerne les plages, si vous allez à La Cambuse ou à Saviniah, vous verrez la quantité de plastique qui s’y trouve. Nos océans sont pollués de plastique, il est grand temps de le recycler et d’arrêter d’en jeter. Le plastique représente une matière trop importante pour notre économie pour le bannir, mais si nous voyons la chose autrement, le plastique est une ressource quasiment gratuite, avec laquelle nous pourrions faire des choses merveilleuses et durables, des tables, des bancs, des objets utiles.

Pensez-vous que la pandémie du Covid-19 a servi de leçon et qu’il y aura une prise de conscience écologique ?
La pandémie du Covid-19 a considérablement impacté notre pays et les problèmes sociaux vont s’accentuer. Au niveau environnemental, c’est mitigé. Certes, avec le lockdown, les gens à travers le monde doivent rester chez eux, les industries sont fermées et la pollution de l’air et des océans a nettement diminué. Il faut se servir de ces témoignages et de ces chiffres positifs pour montrer à quel point nous sommes en train de détruire notre planète.

J’espère que cette crise a provoqué chez certains une prise de conscience. Mais la panique liée au virus a aussi vite fait oublier aux personnes les bons gestes écologiques et les supermarchés n’ont pas eu d’autre choix que de tout emballer dans du plastique. Nous devons maintenant rebondir et continuer à faire prendre conscience que nous pouvons tous être des agents du changement et que chaque petite chose compte.