Nadeem Nazurally : «Notre système corallien est dans un état déplorable»
Nadeem Nazurally est chargé de cours et chercheur à la faculté d’agriculture de l’université de Maurice. Il nous rencontre en tant que coordinateur national de la Western Indian Ocean Marine Science Association (WIOMSA) pour faire un constat sur la situation du récif corallien de notre île.
Nadeem Nazurally résume l’état des coraux à Maurice en un mot: catastrophique. Selon lui, beaucoup de nos coraux ont disparu de nos lagons. Bien qu’il y ait de l’espoir suite à la régénération des coraux dans certaines zones côtières, il ne peut écarter le fait que la pression d’eau est si forte que les coraux sont incapables d’y faire face. Actuellement, il pilote un projet à Flic-en-Flac qui est axée sur la recherche de la meilleure méthodologie à utiliser pour la restauration des récifs à Maurice.
Élaborant sur les récifs coralliens, Nadeem Nazurally explique qu’ils ressemblent aux forêts tropicales de l’océan ou à des oasis océaniques. Les récifs coralliens, précise-t-il, servent de refuge à un large éventail d’organismes marins et jouent un rôle primordial dans l’écosystème marin. «Ils sont extrêmement importants pour l’écosystème marin. En fait, ils sont si nombreux que nous ne pourrons jamais quantifier toute l’importance du milieu marin », fait-il ressortir. Les coraux, en outre, protègent le littoral contre les effets néfastes des vagues et des tempêtes, fournissent un abri à de nombreux organismes marins et aident au recyclage des nutriments.
Le chargé de cours à l’université de Maurice avance qu’environ un quart des récifs coralliens dans le monde est déjà considéré comme étant irréparables et deux autres tiers étant gravement menacés. Nadeem Nazurally explique que les changements climatiques sont une menace pour les coraux car ils ne peuvent pas survivre aux températures élevées. Il indique aussi que les pratiques de pêche destructrices et la destruction des coraux pour pouvoir capturer les pieuvres et les poulpes sont d’autres raisons qui entraînent la dégradation du monde marin.
Dégradation des coraux
« La pollution ou l’élimination des déchets dans le milieu marin, l’utilisation excessive de pesticides qui sont par la suite absorbés par les rivières et qui aboutissent à la mer causent des dégâts considérables », ajoute-t-il. Un autre facteur qui met en péril notre système corallien est la prédation des animaux marins. Il nous cite un exemple : « Dans certains endroits de Maurice, les étoiles de mer en forme de couronne se nourrissent de polypes coralliens et en faisant cela, elles laissent la structure corallienne sans défense. »
Pour éviter la dégradation des coraux dans nos lagons, Nadeem Nazurally conseille aux Mauriciens d’agir dans l’intérêt de la planète. Il nous fait comprendre que les coraux prennent des années pour grandir et peuvent être détruits par notre imprudence en quelques secondes. « En tant que citoyens responsables, on ne doit pas toucher ou collectionner les coraux. Nous avons aussi le devoir de protéger notre faune et notre flore en gardant nos plages propres et une façon de le faire, c’est de jeter nos déchets à la poubelle. Ce serait mieux si, en sus d’encourager les bonnes initiatives pour protéger notre environnement, nous prenons tous la bonne habitude de planter plus d’arbres afin de réduire le niveau de dioxyde de carbone dans l’atmosphère », soutient-il. Quant aux marins, il les décourage à jeter les ancres des bateaux directement sur les coraux.
Notre interlocuteur avance que de nombreux efforts sont déployés pour réhabiliter les récifs coralliens dans le monde entier et que Maurice en fait de même. « En interdisant les sacs en plastique non dégradables, nous avons vraiment progressé dans la protection du monde marin. Les déchets en plastique nuisent énormément à l’ensemble de l’écosystème marin », explique-t-il. Par ailleurs, il tient à nous rappeler que le gouvernement a, par le biais de la Tertiary Education Commission, financé l’ensemble du projet à Flic en Flac. On construit des pépinières de coraux sur des supports artificiels produites par des imprimantes 3D. « C’est une bonne initiative et les imprimantes seront certainement utilisées lors de la phase de transplantation de notre élevage de coraux. Des modèles 3D en plus grandes versions seront façonnés avec des matériaux durables et pourront être utilisés par conséquent pour y placer des coraux », indique-t-il.
