La plage de La Passe : nature non spoliée

Parfois, on cherche à s’échapper de ces plages grouillantes de monde, bordées de bungalows, restaurants, bars, glaciers et commerces, sillonnées sans cesse par des véhicules, polluées par une musique lancée à fond pour « mettre de l’ambiance ». La plage de La Passe en revanche, c’est la sérénité. En semaine, il n’y a pas âme qui vive sauf pour le gardien qui surveille le seul campement qui existe dans le coin et appartenant à la propriété.

Cette plage se situe à vingt minutes de marche sur la côte, à droite du Souffleur, dans le Sud. Au Souffleur, le bruit des vagues est infernal. Nous empruntons un chemin de terre bien dessiné, mais cahoteux pour la voiture. À gauche, une vue grandiose de cette mer d’un bleu perçant et de ses rochers noirs où des vagues en colère viennent se briser. À droite, derrière un mur érigé de roches, un arrière-pays magnifique fait de forêts, d’arbres centenaires, de clairières et de grandes zones herbues en hauteur où paisse le bétail appartenant à l’usine sucrière d’Omnicane. Des prairies qui font penser à la Plaine des Cafres à La Réunion. Dans la vallée, ici et là, des marécages où poussent des songes sauvages.

Après quinze minutes, les premiers bancs de sable apparaissent derrière la grande barrière de rochers où s’écrasent les vagues faisant monter des paquets d’eau dans le ciel. Quelques minutes plus tard, la première vue de la plage de La Passe est à vous couper le souffle. Nous traversons un ruisseau qui serpente paisiblement pour se jeter dans la mer. Là, nous sommes face à la mer bleue du large et devant l’eau turquoise du lagon. Vingt ans de cela existaient d’immenses dunes de sable sur la plage. La mer les a enlevées, mais il reste sans doute plus de sable sur cette plage qu’ailleurs. Quelques mètres plus haut, à l’ombre des filaos, la vue des lames s’ourlant sur les récifs pour gagner la plage est de toute beauté. Deux bateaux pêchent au large. La plage s’étend à droite à perte de vue. La vue est d’une beauté telle qu’il est difficile de résister à l’envie de la contempler pendant des heures. Nous marchons sur l’herbe drue et bientôt nous arrivons au lieu dit Campement avec sa maison en dur et, tout près, une dépendance et un bâtiment sans toit, abritant jadis des chevaux.

Nous sommes seuls face à la mer, sans nuisance sonore, sans contrainte, ivres de liberté et respirant à pleins poumons l’air iodé venu du large. C’est comme si la plage entière nous appartient. Un bonheur indescriptible.

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