Kavy Ramano, ministre de l’Environnement :«L’adoption des principes de l’économie verte pourrait transformer les menaces pour la durabilité»

Kavy Ramano

Ce vendredi 5 juin, le monde célèbre la Journée mondiale de l’environnement. Le thème choisi cette année est : La biodiversité. À Maurice, ce thème va de pair avec la protection côtière, la gestion des déchets, la réduction de la pollution et surtout les pratiques durables. Pour faire court, le gouvernement se penche vers une économie verte. On fait le point avec Kavydass Ramano, ministre de l’Environnement, de la gestion des déchets solides et du changement climatique.

Est-ce que l’économie verte fait partie du jargon politique mauricien ?
Au cours des dernières années, l’économie verte est un sujet qui est abordé dans les discours politiques par les chefs d’État et les ministres des Finances de divers pays. On en fait mention dans les communiqués des G20 et c’est un sujet discuté dans le contexte du développement durable et de l’éradication de la pauvreté. Le rapport du Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE) sur l’économie verte et celui du Groupe de haut niveau du Secrétaire général des Nations Unies sur la durabilité mondiale indiquent que dans ce nouveau paradigme économique, qu’est l’économie verte, la richesse matérielle n’est pas forcément fournie au détriment des risques environnementaux croissants, des pénuries écologiques et des disparités sociales. L’adoption des principes de l’économie verte pourrait transformer les menaces pour la durabilité en opportunités pour la réalisation d’un développement à faibles émissions et résilient.

Comment définir les contours d’une économie verte ?
Il est peut-être nécessaire de s’accorder sur la définition de l’économie verte. Il n’y a pas de définition internationalement acceptée de l’économie verte et au moins huit définitions distinctes ont été identifiées dans des publications récentes. Par exemple, le PNUE a défini l’économie verte comme « une économie qui améliore le bien-être humain et l’équité sociale, tout en réduisant considérablement les risques environnementaux et les pénuries écologiques. Elle est sobre en carbone, économe en ressources et socialement inclusive » (PNUE, 2011). Une autre définition de l’économie verte proposée par la Green Economy Coalition (un groupe d’ONG, de groupes syndicaux et d’autres qui travaillent à la base sur une économie verte) définit succinctement l’économie verte comme « une économie résiliente qui offre une meilleure qualité de vie pour tous au sein de la limite écologique de la planète ».

Nous pouvons, quant à nous, définir l’économie verte comme une économie qui encourage des activités économiques qui entraînent une amélioration du bien-être humain et de l’équité sociale tout en réduisant de manière significative les risques environnementaux et la surutilisation des ressources naturelles. Ce modèle économique obéit aux règles, aux principes et aux critères du développement durable.

Quant à votre ministère, comment ces paramètres sont-ils implémentés ?
La politique environnementale du Ministère de l’Environnement prend en considération les paramètres de l’économie verte pour qu’il y ait une symbiose entre croissance économique et protection de l’environnement. En effet, la politique nationale de développement devra assurer, à la fois, une relance économique tout en assurant la protection de l’environnement et le développement social. C’est dans cette optique que nous prônons une transition écologique qui vise à permettre Maurice d’avoir la capacité de porter ce modèle de développement. Cette transition écologique implique la mise en place des mesures ambitieuses pour un cadre de développement plus responsable et inclusif et qui renforcira la cohésion sociale, contribuera à la conservation de notre environnement et l’utilisation responsable des ressources et aidera au combat contre le changement climatique.

Y a-t-il des obstacles à la mise en place d’une économie verte ?
Un défi de taille à relever pour réaliser cette transition est la bonne gestion de nos ressources et l’adoption d’un modèle économique circulaire qui représente d’ailleurs, un levier essentiel pour atteindre nos objectifs. La crise de la Covid-19 nous a fait prendre conscience que nos ressources ne sont pas illimitées et de ce fait nous devons absolument revoir nos modes de production. L’économie circulaire est un passage du modèle économique linéaire de collecte et de gestion des déchets à un modèle économique où la valeur économique des ressources est pleinement utilisée et la charge pesant sur les ressources naturelles est réduite. C’est donc un modèle qui a pour but d’accroitre l’efficacité des ressources en eau, énergie et autres matières premières, tout en réduisant les déchets, la pollution et les couts associés au traitement de ces déchets. Ce modèle répond aux défis croissants liés aux ressources pour les entreprises et les économies, et pourrait générer de la croissance, créer des emplois et réduire les impacts environnementaux, y compris les émissions de carbone.

Où se situe Maurice ?
Maurice a fait des pas importants vers une économie plus verte avec le nouveau programme du gouvernement visant à poursuivre la transition. Au cours de la dernière décennie, Maurice a investi dans les énergies renouvelables, le tourisme durable et les bonnes pratiques agricoles. Le nouveau programme gouvernemental a des objectifs ambitieux dans le domaine de l’économie verte, allant de la production de 35 % d’électricité à partir d’énergies renouvelables à de fortes augmentations des taux de recyclage. D’ailleurs, depuis mon arrivée à la tête du ministère de l’Environnement, je me suis attelé à encourager une approche qui vise à promouvoir la transition écologique pour que justement l’écologie soit au centre du développement social et économique. Je suis convaincu qu’une économie verte sera bénéfique à l’économie nationale, car elle amènera une perspective nouvelle en matière d’emplois, d’investissement, d’accès au financement, d’avancées technologiques, une plus grande efficacité dans le secteur énergétique et par conséquent moins d’émission de gaz à effet de serre.

Quelles sont les autres mesures mises en place ?
En ce qui concerne l’approche adoptée par mon ministère, je voudrais vous rappeler que dès décembre 2019, nous avons entrepris une consultation nationale autour des grandes thématiques l’environnementale avec l’objectif de permettre à la société civile d’apporter ses idées et des propositions pour améliorer la gestion de l’environnement à Maurice. Les propositions reçues seront utilisées pour l’élaboration d’un plan directeur qui sera présenté au public d’ici la fin de cette année. Les principales thématiques de ce plan directeur seront la culture environnementale, le changement climatique, la zone côtière et l’environnement marin, la biodiversité et les ressources naturelles, la gestion des déchets, le contrôle des déchets plastiques, la lutte contre la pollution, l’urbanisme et la politique environnementale. Je peux d’ores et déjà vous dire que l’économie verte figurera en bonne place dans ce plan directeur.

Plusieurs initiatives ont déjà été entamées au niveau de mon ministère pour promouvoir une économie verte et la circularité. D’abord, je voudrais parler du projet ‘SWITCH Africa Green’, qui est soutenu financièrement par l’Union européenne et techniquement par le Programme des Nations Unies pour l’Environnement. Ce projet qui vise à promouvoir une économie inclusive et verte encourage l’efficacité à travers des modes de production et de consommation responsable. Le projet SWITCH Africa Green comprend trois volets : (i) la formulation des politiques et stratégies vertes – un plan d’action national a été formulé et adopté en octobre 2016 (ii) appui technique et financier pour aider des entreprises vertes et (iii) la sensibilisation et partage des bonnes pratiques.

Ce projet a permis de jeter les bases pour faciliter la transition vers une économie circulaire. Avec l’appui d’un programme intense de développement de capacité, plusieurs entreprises se sont engagées dans un réseau à travers lequel elles ont établi un système de récupération de ‘déchets’ d’une chaine de production qu’ils réutilisent ensuite comme matière première dans leur propre production. Ceci démontre très clairement le niveau d’engagement de ces entreprises qui considèrent ce modèle circulaire non seulement comme une couverture contre la rareté des ressources, mais aussi comme un moteur pour l’innovation et la croissance. Ainsi, les pratiques telles que la valorisation des ressources, la confection des produits à base de fibres naturelles, la collecte et le recyclage des ‘déchets’ ont été encouragés.

Comment le projet SWITCH aide-t-il le pays à bouger vers une économie verte ?
Le projet SWITCH nous a permis d’accomplir un début de transition vers une agriculture plus verte. Des cours de formation ont été dispensés pour encourager les agriculteurs à adopter des techniques vertes et durables. En sus de cette formation, le projet a aussi établi un réseau pour permettre aux planteurs certifiés d’écouler leurs produits auprès des points de ventes présélectionnées, comme les supermarchés. Ainsi, le projet a entamé le verdissement du secteur de l’agriculture en initiant la transition vers une production à la fois verte et saine et a aussi défini le processus pour rendre la chaine alimentaire plus verte.

La transition vers une économie verte repose essentiellement sur l’efficacité énergétique. SWITCH Africa Green a aussi aidé le Programme National d’Éfficacité Énergétique (PNEE) pour améliorer l’utilisation de l’énergie dans quelque cent entreprises pour effectuer les audits énergétiques.

De même, pour faciliter la transition vers une industrie touristique plus verte, le projet SWITCH a apporté son soutien aux petits et moyens établissements hôteliers. Le personnel de 38 établissements a été formé pour adopter de bonnes pratiques qui visent à intégrer l’efficience et la protection de l’environnement dans leurs fonctions quotidiennes.

A Lire la deuxième partie de l’interview ce lundi 8 juin…