Environnement : la Climate Change Bill pour renforcer la protection de l’île

Après le budget, parmi les premiers projets de loi qui seront finalisés se trouve le Climate Change Bill. Le conseil des ministres a avalisé sa présentation le 12 juin. Le Defi Media Group a eu des détails sur la future loi…

Avec cette loi, Maurice sera le premier pays à se doter d’une loi-cadre sur le changement climatique dans la région de l’océan Indien. Au niveau de l’Afrique, le pays sera le premier avec le Kenya à avoir une telle loi. Le ministre de l’Environnement, Kavy Ramano confie que ce cadre légal permettra à Maurice de développer des stratégies et des mesures appropriées en matière d’adaptation au changement climatique.

Il permettra également la consolidation des stratégies et des plans d’action, en termes d’adaptation et d’atténuation, qui seront revus tous les cinq ans comme préconisé par l’accord de Paris sur le changement climatique.

Cette loi vient appuyer la mise sur pied de mesures pour contenir les effets du changement climatique et aussi pour prévenir contre des actions qui pourraient accentuer ces effets. Cependant, comme les autres projets de loi, il prévoit une clause d’obligation pour la soumission des données notamment pour la préparation d’inventaires pour les émissions de gaz à effet de serre et les rapports nationaux sur le changement climatique. Or, la nouvelle loi ne viendra pas révoquer l’« Environment Protection Act » (EPA). Celle-ci restera le cadre légal majeur pour la gestion de l’environnement à Maurice. Cependant, l’EPA sera, au contraire, renforcée à travers des amendements aux clauses 11 (National Network for Sustainable Develoment), clause 16 (Preliminary Environmental Report) et la clause 18 (Application for an EIA licence) entre autres, pour que le changement climatique soit pris en considération dans la planification et aussi dans les futurs projets de développement.

« Le Climate Change Bill permettra l’intégration sectorielle de cette problématique dans tous les secteurs clés de l’économie. Elle va aussi consolider la collaboration publique privée, en matière de la mise en œuvre de projets d’atténuation aussi bien que d’adaptation », affirme Kavy Ramano.

Ce cadre légal prévoit des études de vulnérabilité et les mesures d’adaptation pour les secteurs tels que la biodiversité, les zones côtières, la pêche, l’eau, l’agriculture, le tourisme, les infrastructures, entre autres.

Avant que la loi ne soit présentée à l’Assemblée nationale, des mesures sont prises par le gouvernement. Le contrôle sur l’utilisation du plastique est en phase de finalisation. Le conseil des ministres avait déjà donné son aval en février pour que les réglementations légales sous l’Environment Protection Act concernant le plastique soient revues et renforcées.

À travers le « Review of Existing Legislation and Proposal of New Legislation under the Environment Protection Act 2002 », le State Law Office finalise la révision de l’« Environment Protection (Banning of Plastic Bags) Regulations 2015 » et de l’« Environment Protection (Polyethylene Terephthalate (PET) bottle Permit) Regulations 2001 ». Une nouvelle règlementation pour « le banning of disposable non-biodegradable single use plastic items » est également en phase de finalisation.

Inquiétante vérité

« Les impacts sur plusieurs secteurs socio-économiques sont déjà visibles », affirme le ministre Kavy Ramano. Et les faits sont inquiétants. Lors de la rédaction du Climate Change Bill, les derniers chiffres ont été examinés et nous les publions avec l’accord du ministre.

La hausse du niveau de la mer est de 5,6 mm par année.

L’érosion côtière s’est accentuée pour atteindre jusqu’à 20 mètres dans certaines régions de l’île alors que les évènements météorologiques extrêmes tels que les pluies torrentielles sont de plus en plus fréquents.

Selon le rapport 2020 de la « National Academy of Sciences », la probabilité d’avoir des cyclones majeurs dans le sud de l’océan Indien va s’accroître de 18 % chaque décennie.

Les mesures prises depuis 2015

Il faut souligner que depuis 2015 à ce jour, le ministère l’Environnement a réhabilité 6,5 km du littoral au coût de Rs 330 millions. Durant ces dernières trois années, des travaux de réhabilitation à grande échelle ont été réalisés sur plusieurs sites, notamment à Baie-du-Tombeau, Résidences La-Chaux, Grand-Baie et Case-Noyale.

Le budget 2020-2021 indique que des travaux de réhabilitation seront effectués sur dix autres sites très affectés par le phénomène de l’érosion côtière totalisant environ 6,3 km du littoral, notamment à Saint-Martin (Bel-Ombre), Anse-Jonchée, Providence (Grand-Port), Bois-des-Amourettes, Pointe-aux-Feuilles, Petit-Sable, Bambous-Virieux, Rivière-des-Créoles, Grand-Baie et Grand-Sable.

Pour la période 2020-2024, le ministère a déjà identifié seize autres sites affectés pour lesquels il est primordial d’apporter une solution urgente. Des études approfondies vont être menées et les travaux de réhabilitation commenceront dans un bref délai. Les sites sont comme suit : Flic-en-Flac, Deux-Frères, Baie-du-Cap, Trou-aux-Biches, Blue Bay, Albion, Le Morne, Pointe-des-Lascars, Pointe-des-Régates à Mahébourg, Pointe-d’Esny, Saint-Félix, La Prairie, La Preneuse, Rivière-des-Galets, La Mivoie Rivière-Noire, Bois-des-Amourettes.

Dans cette même optique de lutte contre l’érosion côtière, le ministère remplacera les arbres de filao par des espèces endémiques et indigènes. Le projet, au coût de Rs 10 millions, a déjà débuté à Flic-en-Flac et au Morne, sur une étendue de 200 mètres par 30 mètres et se poursuivra sur la plage publique de Belle-Mare.

Par ailleurs, le conseil des ministres a donné son aval le 5 juin pour la mise en œuvre des travaux de protection et de réaménagement du littoral, notamment sur 2,1 km de Petit-Sable à Bambous-Virieux, sur 1,6 km de Bambous-Virieux à Anse-Jonchée et sur 450 mètres à Bois-des-Amourettes. Outre, les travaux de réaménagement des plages il y aura aussi la création de pistes cyclables.