Earth Day 2022 – Urgences planétaires : le défi du siècle
La terre est notre seule maison et nous la partageons avec toutes les créatures. Comme elle nous donne beaucoup, notre devoir est de l’aimer et de la protéger au quotidien. Faisons le point sur la situation de la planète face au changement climatique, les initiatives et les efforts communs nécessaires pour la sauver.
Environnement
L’ingénieur Vassen Kauppaymuthoo : «La transformation de notre esprit et de notre relation avec notre environnement est désormais critique»
La terre et les océans portent la vie, mais les humains ne les respectent pas. L’appât du gain a transcendé les limites pour détruire cette même vie. Telle est l’opinion de Vassen Kauppaymuthoo, ingénieur en environnement et océanographe. Selon lui, de nombreuses espèces terrestres et marines disparaissent tous les jours. « Nous détruisons les océans qui produisent 80 % de l’oxygène que nous respirons et les forêts qui produisent des terres fertiles. Nous avons oublié ce lien qui unit à la vie, à notre mère nourricière », déplore-t-il. « Aujourd’hui, la terre se réchauffe et nous la détruisons peu à peu, car nous avons oublié ce que nous sommes vraiment », poursuit-il.
« Nous agissons sans nous préoccuper de l’avenir ou de celui de nos enfants et, en ce faisant, nous sommes des agresseurs qui détruisent la source de notre vie », fait-il remarquer. « Les scientifiques prédisent aujourd’hui un océan sans coraux dans 30 ans où il y aura plus de plastique dans les océans. Il y aura davantage d’inondations et de sécheresses qui viendront affecter notre vie quotidienne. Le scénario apocalyptique, où notre vie telle que nous la connaissons se rapprochera d’une fin avec des conditions infernales. Ces prévisions scientifiques doivent nous inquiéter », fait-il ressortir.
Toute situation chaotique doit emmener son lot de changements, fait-il remarquer. Il est d’avis que des transformations apparaissent uniquement quand notre conscience s’éveille au lieu d’être ballottée et de naviguer dans le brouillard des soucis quotidiens. « Cet éveil spirituel et scientifique viendra transformer certains individus qui trouveront une nouvelle voie vers le changement nécessaire de notre société et de notre relation avec la nature, la vie, la terre et les océans », estime l’ingénieur en environnement. Il ajoute que « l’humain est capable de détruire, mais aussi de construire, de protéger et de faire du bien. C’est vers cette voie éclairée qu’il nous faudra bâtir l’édifice de l’humanité, pierre par pierre », affirme-t-il.
En revanche, si nous continuons à agir comme si de rien n’était, nous vivrons un enfer sur terre avec des températures dépassant les 40 ou 50 degrés régulièrement, la famine, la guerre et la maladie. « Nous serons vite confrontés à des océans vides, à l’air pollué, aux températures invivables, aux pluies torrentielles et nous serons dévastés par des forces extrêmes où nous, les humains, réaliserons que nous sommes impuissants », renchérit-il. D’où, l’importance de la transformation de notre esprit et la relation avec notre environnement qui est désormais critique. « Bien qu’il ne soit pas encore trop tard, le temps presse. Plus tard, les générations futures nous jugeront sur nos actions ou notre inaction. Aujourd’hui, nous devons agir, car nous sommes capables de voir nos erreurs », conclut-il.
Activisme climatique
Krishnee Appadoo : « En tant que jeunes, nous sommes les gardiens de l’environnement »
Académicienne à l’université de Maurice dans l’Environmental and Climate Change Law and Policy, Jurisprudence and International Development Law & Policy, Krishnee Appadoo est la fondatrice et co-directrice de Mind Matters Mauritius. Elle est aussi « climate, gender, youth & mental health activist ».
« En tant que jeunes, nous sommes les gardiens de l’environnement. Cela signifie que nous avons reçu l’environnement en héritage afin que nous le préservions et le conservions correctement », dit-elle d’emblée. En se référant au principe d’équité intergénérationnelle, elle explique que nous devons à la prochaine génération un environnement sain. « Si la génération qui nous précède avait eu la même idéologie et la même responsabilité, nous ne serions pas en train de faire face aux problèmes environnementaux actuels », poursuit-elle.
Selon Krishnee Appadoo, il existe des preuves scientifiques convaincantes qui prouvent que la Covid 19 a été causée par le traitement de la faune par les humains. « À l’avenir, si nous continuons à détruire l’habitat de la faune, en menant, par exemple, une déforestation sans entraves et des marchés humides non réglementés, nous pourrions alors connaître une autre pandémie similaire avec des conséquences encore plus graves », affirme-t-elle.
Elle considère que l’activisme environnemental doit être la priorité des jeunes, car ils ont la volonté et l’énergie nécessaires pour conduire un vrai changement transformationnel. « Au cours des dernières années, nous avons assisté à la montée en puissance d’un réseau de jeunes écologistes incroyables comme la militante suédoise Greta Thunberg. Moi-même, en tant que jeune militante écologiste, j’ai participé à plusieurs initiatives visant à donner à la jeunesse du monde entier les moyens de faire entendre sa voix en matière de prise de décision environnementale. Ces expériences ont forgé mes compétences en leadership », confie-t-elle.
Maintenant qu’elle est plus âgée, Krishnee Appadoo se dit fière de laisser cet héritage à la nouvelle génération en éduquant ses jeunes étudiants. « J’espère vivement qu’ils seront à la hauteur de mes attentes. Certes, la Terre est une planète vivante qui s’adaptera aux effets de la dégradation de l’environnement. Mais est-ce que nous les humains pourrons continuer à vivre dans un tel environnement ? », se demande-t-elle.
Initiatives vertes
Sister Gaitree du Bramha Kumaris : « Si nous voulons vivre dans un monde véritablement durable, un changement est nécessaire dans tous nos cœurs et nos esprits »

Fondé en Inde en 1937, le Brahma Kumaris est un mouvement spirituel mondial dédié à la transformation personnelle et au renouveau du monde. Il s’est propagé dans plus de 110 pays sur tous les continents. En tant qu’ONG internationale, elle a eu un impact considérable dans de nombreux secteurs. Au cœur du travail de Brahma Kumaris se trouve la compréhension du lien entre notre conscience, nos pensées, nos actions ainsi que leur impact sur le monde. C’est ce que nous indique Sister Gaitree, présidente de l’organisation Brahma Kumaris à Maurice.
Par rapport au changement durable dans tout système social ou environnemental, elle estime que cela commence par une transformation profonde, avant tout dans l’esprit et le cœur des gens. Selon elle, la crise environnementale actuelle est donc un appel clair à transformer notre conscience et notre mode de vie. « Nous encourageons une meilleure compréhension du rôle de la conscience et du mode de vie dans les questions environnementales à travers les dialogues, les partenariats, la participation à des conférences de l’ONU et les initiatives locales où nous soulignons l’importance d’un mode de vie durable », poursuit-elle.
Elle conseille d’adopter un mode de vie moins matérialiste et d’augmenter l’utilisation de l’énergie propre afin d’économiser les ressources de la planète et apporter un plus grand bien-être. Il y a également le régime végétarien où la nourriture est cuisinée avec amour pour contribuer à la santé et à l’avenir de la planète, tout en réduisant notre empreinte de carbone.
Sister Gaitree explique que plusieurs initiatives vertes ont été adoptées par la Brahma Kumaris Global Peace House, situé à Khoyratty, pour protéger la planète. Ce sont : Agriculture yogique durable
« C’est une méthode d’agriculture biologique associée à la pratique de la méditation tout au long du processus agricole, c’est-à-dire avant la plantation jusqu’à la récolte », explique Sister Gaitree. Cette pratique encourage la plantation de plusieurs cultures en même temps par rapport à l’agriculture chimique où la monoculture est pratiquée. « C’est un moyen de produire localement des engrais et des pesticides organiques bon marché et abordables. Il met les aliments biologiques à la portée de tous », renchérit-elle.
D’ailleurs, il a été scientifiquement documenté par les universités agricoles que le rendement des cultures et la valeur nutritionnelle sont beaucoup plus élevés dans la technique agricole yogique. « Il convient de noter que l’agriculture chimique est un sous-produit de l’industrie fossile / pétrolière. Il a des effets néfastes sur le sol et la santé humaine », poursuit-elle.
Cuire à l’énergie solaire
Le siège social de Brahma Kumaris, en Inde, exploite le plus grand cuiseur solaire d’Asie avec jusqu’à 38 000 repas par jour. Ce système a été décrit dans un programme télévisé de la BBC World Service comme étant le plus grand cuiseur solaire au monde.
Inspirée par un tel exploit, la Brahma Kumaris Global Peace House a lancé des activités éducatives et de démonstration sur la cuisson solaire lors de son exposition habituelle sur l’environnement. « Un cuiseur solaire construit localement a été utilisé à la place. Nous avons pu prouver qu’avec des ressources et de la créativité, nous pouvons préparer des repas sains et savoureux pendant les journées ensoleillées », indique-t-elle.
La Brahma Kumaris Global Peace House a aussi converti ses sources d’énergie avec des systèmes photovoltaïques. « De plus, nous recyclons l’huile de cuisson et le papier. Nous avons considérablement réduit l’utilisation du plastique avant même que les lois n’entrent en vigueur au pays. De telles initiatives et exemples sont importants, car ils inspirent d’autres personnes, en particulier les jeunes générations », soutient-elle.
De telles initiatives, dit-elle, nous montrent également qu’il « existe toujours une alternative aux énergies fossiles et à l’élevage. Les lois de la physique nous enseignent qu’il y a une réaction égale à chaque action. Avec ce que nous faisons maintenant, nous sommes en train de jeter les bases d’une société plus verte pour nos enfants. Si nous considérons la terre comme notre vraie mère, ce qui est vrai, nous ne lui ferions jamais de mal », estime-t-elle.
D’un point de vue écologique, fait remarquer Sister Gaitree, nous connaissons tous les sciences et la recherche. Mais c’est avec un grand esprit de solidarité que nous pourrons nous unir pour relever l’un des plus grands défis de l’histoire : refaire la terre mère. « Nous croyons que c’est possible », affirme-t-elle.
La sensibilisation
« Nous assistons tous à la dégradation de l’écologie de la terre, malgré tout le monde reste indifférent, d’où l’importance de la sensibilisation. Les humains ont tendance à rester dans leur zone de confort jusqu’à ce que la catastrophe frappe. On peut dire que de telles personnes dorment dans l’ignorance et ont besoin d’être réveillées en leur apportant la vérité, mais même celle-ci ne suffira pas. Ainsi, nous devons leur donner les outils et les techniques qui leur permettront de changer leurs habitudes et leurs comportements. C’est là que l’enseignement de la méditation vient compléter la stratégie de sensibilisation pour changer le cours de l’action », indique-t-elle. « Si nous voulons vivre dans un monde véritablement durable, un changement est nécessaire dans tous nos cœurs et nos esprits », fait-elle remarquer.
Sister Gaitree fait ressortir que nous avons tous besoin de la terre, mais cette dernière sans activité humaine pourra mieux respirer. Dès lors, nous devons réaliser qu’il n’y a pas de plan B. C’est pourquoi nous devons commencer à agir maintenant en changeant notre mode de vie et en plaidant pour des actions climatiques.
Responsabilité
Protéger et restaurer la terre est une responsabilité à la fois personnelle et collective. « Le monde retrouvera son ancienne gloire que lorsque nous reviendrons à notre état originel de conscience pure et positive et libérés de l’avidité, de la luxure, de l’ego, de la colère et de l’attachement et que nous adopterons une pratique spirituelle quotidienne et un mode de vie respectueux de l’environnement », conclut-elle.
Earth Day au Casela
Création d’une mini-forêt endémique

Casela Nature Parks a élaboré un calendrier d’activités pour célébrer la Journée de la Terre afin de conscientiser tout un chacun autour de la protection de l’environnement et d’encourager tout le monde, y compris les visiteurs à faire un geste pour l’environnement. Cette journée s’est articulée principalement autour de trois actions et activités ayant pour objectif de replacer la Terre au centre de son attention et de ses préoccupations. Ce sont : La création d’une mini-forêt endémique avec l’aide des visiteurs.
De la « live music » avec l’artiste Zoe Rozar qui a présenté sa campagne « A rampage for Love ».
« The Mindfulness Walk » : une balade unique à travers le parc invitant les visiteurs à se reconnecter à la nature.
L’objectif, selon Martine Lassémillante, agente de la durabilité, à Casela Nature Parks, était de conscientiser davantage le public sur l’importance d’agir pour la protection des trésors que sont la faune et la flore, deux éléments indissociables à la vie. « Nous avons le devoir de protéger notre Terre et avons aussi la responsabilité de contribuer à la reboiser. D’où notre démarche participative d’engager nos visiteurs à faire un geste pour la planète », indique-t-elle.
Pour sa part, Natacha Mudhoo, directrice commerciale de Casela, affirme que cette journée a été l’occasion de se rappeler qu’il est primordial de prendre des actions, petites ou grandes afin de tenter de préserver notre environnement. « Nous avons contribué à cette journée symbolique en créant une mini-forêt endémique. Pendant des millions d’années, la Terre a bien pris soin de nous. Il est maintenant de notre responsabilité de prendre soin d’elle », renchérit-elle.
Elle a aussi fait ressortir que Casela Nature Parks, surtout connu pour sa riche collection d’animaux en tous genres et ses attractions uniques à Maurice et dans l’océan Indien, abrite aussi plus de 250 plantes endémiques. Elles sont réparties sur les 350 hectares de terres du parc. « Nos équipes s’activent au quotidien pour conserver et entretenir le jardin endémique. Pour la Journée mondiale de la Terre, Casela a mis en terre des plantes endémiques telles que le Barleria, le Dombeya (hibiscus) ou encore le Baume de l’ile plate, ainsi que d’autres arbustes. « D’un parc accueillant des volières d’oiseaux, Casela s’est depuis diversifié dans les loisirs. Nous avons renforcé ces dernières années nos activités zoologiques et de recherches pour la protection des espèces en danger. Depuis 2018, Casela s’est engagé dans un vaste programme de préservation des espèces endémiques de Maurice en signant un Memorandum of Understading (MoU) avec le National Parks and Conservation Services (NPCS) du ministère de l’Agro-Industrie et de la Sécurité alimentaire. Cet accord portant sur cinq ans permet également d’assurer la promotion de l’éducation et la sensibilisation du public », explique Natacha Mudhoo.
Casela Nature Parks, ajoute-t-elle, abrite des espèces endémiques telles que les vaches créoles, la chauve-souris, la crécerelle de Maurice, la tortue d’Aldabra, mais aussi des espèces exotiques en danger d’extinction, comme le rhinocéros blanc et bien d’autres encore. « Le parc est profondément engagé dans un programme de conservation des espèces en danger. Il a eu le bonheur au cours de ces dernières années de voir naître plusieurs espèces animalières, preuve que celles-ci se sentent suffisamment en sécurité pour se reproduire », conclut-elle.
