Déversement des eaux usées : la rivière polluée sur des kilomètres entre Mare-Chicose et Riche-en-Eau

La région de Riche-en-Eau est la plus touchée par ce problème qui est observé depuis le début de la semaine. Du côté des autorités, on fait ressortir que c’est la première fois en 20 ans qu’une telle situation se produit.

Une odeur nauséabonde gagne nos narines malgré le port du masque. Nous apercevons également de l’écume à plusieurs endroits… Depuis lundi, des eaux usées se déversent dans la rivière entre Mare-Chicose et Riche-en-Eau, sur une distance d’environ 4 kilomètres.

Les autorités en ont été informées. « Malheureusement, rien n’a été fait en quatre jours », fulmine Nitin Jeeha, un élu du conseil de district de Grand-Port. Ce problème était au cœur d’une réunion hier au ministère de l’Environnement.

C’est au dépotoir de Mare-Chicose qu’aurait débuté le problème. Sur place, nous constatons en effet une eau de teinte foncée qui se dégage des canalisations. Celle-ci se déverse dans la rivière, affirme Nitin Jeeha. « Nous avons été alertés par les habitants le lundi 4 avril et après une visite sur place, nous avons constaté l’ampleur des dégâts », fait-il savoir.

Selon Nitin Jeeha, « cette eau contient des produits chimiques et toxiques et risque de nuire à la santé des habitants. Elle provient directement du dépotoir de Mare-Chicose ». Un échantillon de cette eau a été conservé pour des analyses dans le privé afin d’en déterminer la composition.

De son côté, Ramesh Doolub, le président du village de St-Hubert, se désole de cette situation. Plusieurs habitants viennent au quotidien pêcher dans cette rivière, fait-il savoir. « Tous les jours, le salaire de certaines familles dépend de cette rivière, ils pêchent des chevrettes, des écrevisses et même des anguilles jusqu’à fort tard la nuit pour pouvoir les vendre par la suite. Désormais tout cet environnement a été détruit en raison de la négligence de certains », lâche-t-il.

Si Riche-en-Eau demeure la plus touchée par cette situation, cette pollution s’étendrait vers d’autres régions du sud-est, soutient le président du village de St-Hubert. « Nous appelons les autorités à réagir rapidement afin que cesse ce désastre », dit Ramesh Doolub avec force.
Les habitants, eux, ne cachent pas leur révolte. D’autant que cette situation leur cause énormément de tort, ainsi qu’à l’environnement. Claudine Askurun, la vice-présidente du village, fait valoir que cela représente un réel danger pour les habitants. Tandis que Jeremiah, un jeune du village, est sidéré par ce spectacle. « Je venais souvent ici avec des amis et des proches pour des parties de pêche. Voir cette rivière dans un tel état me révolte. »

Le jeune homme estime que « l’eau aurait dû être déviée au lieu de la laisser se déverser dans la rivière dont dépendent plusieurs vies ».

Les fortes averses mises en cause

« En 20 ans d’opération, cela n’est jamais arrivé. » C’est ce que l’on fait remarquer au ministère de l’Environnement. L’on affirme que ce sont les grosses averses de la semaine dernière qui en seraient la cause. « Plusieurs régions ont reçu plus d’une centaine de millimètres de pluie en quelques jours. Par conséquent, il y a eu des accumulations d’eau. Celle-ci s’est refoulée et déversée dans les drains. »

Selon une source au ministère, 24 camions ont été sollicités dans le but de prévenir des débordements supplémentaires.

Ce que risquent les contrevenants

  • L’Environment Protection Act de 2002 a été amendée le 12 juin 2021. L’article 9 stipule que les contrevenants sont passibles d’une « fixed penalty » s’ils sont reconnus coupables de dépôt d’ordures illégal.
  • Le dépôt de carcasses d’animaux, d’ordures, de déchets médicaux ou autres déchets, sur les berges  des rivières, les cours d’eau ou réservoirs, entre autres, est passible d’une amende de Rs 25 000.
  • Dans le cas de pollutions liées au jet de détritus par un particulier ou de déchets domestiques, tels que bouteilles en plastique, emballages, récipients en carton etc., les contrevenants sont passibles d’une amende de Rs 5 000.

Des analyses en cours

À la police de l’Environnement, on confirme avoir reçu des plaintes à ce sujet. « Nous avons procédé à une visite des lieux en présence des officiers du ministère de l’Environnement », précise un préposé. Selon nos
recoupements, des analyses sont en cours pour déterminer la composition de l’eau polluée.