Aquaculture : Les cages de la discorde

Aquaculture

L’aquaculture pourrait sauver le secteur de la pêche sauf que ce type d’exploitation fait peur à certains.

Les risques d’incursion de requins dans le lagon n’ont pas été suffisamment examinés. C’est une des conclusions du Tribunal de l’Environnement dans le jugement prononcé dans l’affaire opposant l’Association des Hôteliers et restaurateurs de l’Ile Maurice (AHRIM) à la firme promotrice d’une ferme aquacole, Growfish. Le jugement est tombé le 1er mai. Selon les experts, l’aquaculture, considérée comme une menace par les opérateurs touristiques, est aussi le salut du secteur.

Pour Jocelyn Kwok, directeur de l’AHRIM, il suffit juste que le promoteur adhère au plan stratégique du gouvernement et aux normes environnementales prescrites. Il souligne que le promoteur n’a pas suffisamment examiné les risques des fermes aquacoles, concernant surtout la présence de requins près des cages. Pour lui, un tel projet doit obtenir un Environmental Impact Assessment (EIA) suite à une étude en profondeur avec des faits précis, car il en va de l’avenir des exploitants de la mer qui sont, pour la majeure partie, des opérateurs touristiques. Le directeur de l’AHRIM reste prudent quant à son avis sur l’exploitation de fermes aquacoles « dans les normes prescrites ». Il préfère ne pas se prononcer.

Pour rappel, le Tribunal a estimé qu’il y a un vrai risque que les poissons cultivés dans des cages en mer attirent des requins. Le tribunal a questionné l’octroi du permis « in such voidness as regards the risk of sharks being attracted to the fish farms and thus our coasts ». Selon le tribunal, il y a un manque d’informations sur les fermes aquacoles et la présence de requins. « It calls for a cautious approach », estime le tribunal.

Les chercheurs ne sont pas de cet avis. L’un d’eux, officiant dans une institution publique, confie que les fermes aquacoles qui opèrent déjà dans le lagon ne comportent aucun danger « car elles respectent les normes environnementales et sécuritaires ». Tout doit être surveillé et contrôlé: la matière dont est faite les cages, les distances d’avec la côte, la profondeur et la distance du fond des cages avec le plancher marin, les variétés de poisson, les types de nourriture et leur impact sur l’écosystème marin, entre autres. Un promoteur doit pouvoir établir l’effet de chaque composante de la ferme sur son entourage.


L’aquaculture : le salut

Nadeem Nazurally, consultant en aquaculture, affirme que le salut viendra des fermes aquacoles « à condition que les normes environnementales soient respectées ». Les fermes existantes n’attirent pas de requins, souligne le consultant, car les normes sont scrupuleusement respectées. « Nous vivons à une ère où les coraux meurent et la population de poisson est menacée. Les lagons sont exploités à outrance pour plaire aux touristes, pour gagner sa vie ou pour s’amuser. Pendant ce temps, la population des poissons est en danger de disparition et l’aquaculture vient se poser comme une alternative pour régénérer la production locale et sauver le secteur. » Pour rappel, la prise de poissons dans les zones côtières a augmenté par 16,6% en 2018. Soit de 1758 tonnes en 2017 à 2050 tonnes en 2018.